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Chronique d'un Noël imparfait

  • Photo du rédacteur: Maud Rusk
    Maud Rusk
  • il y a 4 jours
  • 6 min de lecture

Pour toi, mon amour,

Si écrire est ma façon de traverser,

tu es le plus solide des ponts.


C'est le toucher rectal de ma dinde qui m'a donné l'idée de ce premier billet de l'année. Le gant de latex bleu que vous voyez sur la photo a été pris chez mon beau-papa Réjean. Il est décédé entre Noël et le jour de l'an.


Main portant un gant de latex bleu insérée dans une dinde crue pour la farcir, posée dans un plat rouge sur un plan de travail de cuisine.
Pas très Instagram.

On ne montre pas ça sur Insta, les cuisinières enrhumées qui mettent des gants bleus pour protéger leurs convives. Je me trouvais très comique en prenant la photo.


Comme dans un film


Comme dans les films de Noël dont je raffole, mon temps des fêtes ne s'est pas passé comme prévu. Je vais vous raconter mon drôle de Noël. Dans mon film, il n'y avait pas de «ugly sweater», ni personne qui déteste Noël ou de Père Noël imposteur, mais de l'amour, ça, il y en a eu beaucoup.


25 décembre 2025 - Matin de Noël

Bing Crosby chante dans la cuisine. Je mets la table pour Sylvain et moi. Les gestes sont lents, appliqués. Il fait bon. Il fait doux. La journée commence exactement comme on l’avait imaginée.


Avant de s'endormir la veille, mon chum m'avait confié qu'il aimerait des crêpes pour le petit déjeuner. Une fois la belle ambiance de Noël créée, sans y penser, je débute la préparation de l'appareil à crêpes.


C'est ici que le narratif du film de Noël déraille pour la première fois. Je cherche et je fouille encore, mais n'y a plus de farine blanche. Je décide donc de prendre la farine de blé complète. Gros plan sur le mélange qui ressemble à un blob granuleux. À la poêle, ça donne un pancake spongieux difficile à retourner. Alors que je me dis que c'est gâché pour les crêpes, le téléphone se fait entendre.


Morceau de crêpe épaisse à la texture grumuleuse
Ma crêpe de Noël façon blob.

Au bout du fil, la soeur de Sylvain nous apprend que beau-papa est en route vers les urgences. (Très film de Noël, ça. Je peux en nommer au moins 7 qui se passent en milieu hospitalier).


Mais on est dans la vraie vie.  


Et nous savons que la sienne est en danger. On saute dans l'auto les ventres vides et mal habillés. Je suis de tout coeur avec mon chum, me rappelant le chaos intérieur de se rendre au chevet d'un parent en grande vulnérabilité. Arrivés à l'hôpital, nous apprenons rapidement que ce seront les dernières heures de beau-papa.


Je vous épargne les détails, la douceur des infirmiers et infirmières de l'Enfant-Jésus, le dodo sur un lit de camp avec ma belle-soeur. C'est comme ça que nous avons vécu les 25, 26 et 27 décembre 2025.


Ce doit être la sagesse, mais je n'ai pas été dérangée par les festivités annulées. Dans la vie, il y a des priorités.


Et ce qui devait arriver, arriva. J'ai attrapé à l'hôpital un microbe virulent qui m'a foutue KO. Un vrai knock-out. Cinq jours boursoufflée et cherchant mon souffle.


Une chance qu'on s'a


Les journées suivantes, nous nous sommes donc isolés Sylvain et moi, mettant fin aux projets du jour de l'an. Le pire dans tout ça, c'est de ne pas pouvoir véritablement enlacer mon chum endeuillé. Ne pas pouvoir le cajoler. Ça m'a fendu le cœur.


Le 31, profitant de quelques minutes de répit entre deux quintes de toux, j’ai tenté d’honorer le frigo plein de victuailles. Un petit festin de la Saint-Sylvestre, préparé avec ce qui me restait d’énergie.

Une table en bois sur laquelle est posée un caquelon de fondue au fromage, du pain, de la confiture et des champignons
Image de mon repas de la Saint-Sylvestre créée par l'IA

Du fromage chaud. Du pain. Des champignons. De la confiture.


Sur le papier, c’était parfait. Sur cette photo de Chat GPT, c'est parfait.


En bouche, rien.

Ça faisait trois jours que je ne goûtais plus rien. C’est mon cerveau et mes souvenirs qui ont mangé à ma place.


Préparer ce repas m’a demandé un effort immense. Je n’ai pas eu la force de dresser une jolie table comme le 25 au matin. On a mangé la fondue autour du poêle, sans cérémonie. Fatigués. Tristes. Ce n’était pas glamour. Mais une chance qu’on s’a.


Une demi-heure avant minuit, j’étais couchée sur le divan, incapable de trouver une position confortable. Sylvain me regardait, impuissant, pendant que ma cage thoracique brûlait à force de tousser.


Photo d'un couple sur un sentier de neige
Mon complice des 10 dernières années.

Je voyais bien que mon film de Noël était un film de série B…mais mausus que je suis chanceuse de le vivre dans ma maison aimée et au chaud.


Je vaux bien une risée !


Sur les réseaux sociaux, le gros hit du moment, c’est le Asian Pilates. En fin d’année, on nous bombarde de programmes miracles. Ces dernières semaines, mes fils étaient remplis de femmes de plus de 50 ans devenues des bombes grâce à cet entraînement. Et pour y arriver, ça prend seulement:


Vingt-huit jours.

Neuf minutes par jour.

Et… une application.


J’ai failli y croire.


Jusqu’à ce que des hommes soient interviewés pour affirmer que le Asian Pilates fonctionne vraiment sur leurs femmes. Je trouve indécent qu’un homme explique aux femmes ce qui est bon pour elles à l’âge où elles font pipi en toussant et où les hormones déplacent les kilos. Ils osent même appeler ça les kilos du mariage. Non, mais… !@#$%?&*


Les femmes sont capables de se prendre en main et de s’aimer sans le regard de messieurs qui regardent les belles d’Instagram à plus soif.


Ces mannequins qu’imite avec brio Celeste Barber.


Cette comédienne et humoriste australienne reprend les poses lascives des mannequins et des influenceuses à succès. Même posture. Même intention. Mais en version vraie femme : des corps vivants, des maillots plus grands que de la soie dentaire, des appartements en désordre. Ses vidéos me font rire de bon cœur. https://www.instagram.com/reel/DPgWkzBjz3H/?utm_source=ig_web_button_share_sheet&igsh=MzRlODBiNWFlZA==


Montage de deux photos côte à côte : une femme en bikini rouge est assise au bord d’une piscine. À gauche, son corps est très musclé et mince. À droite, la même pose est reprise avec un corps plus rond. Une bouteille est coincée à la taille du maillot dans chaque image.
Même pose. Même intention. Autre vérité.

J’ai envie de rendre hommage à son cran.


Moi aussi, j’ai envie d’oser en ce début d'année.

Pas pour rire des belles femmes.

Pas pour les ridiculiser.

Mais pour reprendre, moi aussi, mon propre pouvoir.


Voici mon hommage pour toi, Celeste. En espérant que ce geste d'audace ne soit pas le dernier de mon année.


Hommage à Mme Barber

Ah les Françoise !


Il y a eu ma tante Françoise, qui est encore de toutes nos pensées.

Il y a Françoise Sullivan, une grande Québécoise.

Il y a Robertine Barry, dite Françoise, native de L’Isle-Verte, journaliste et féministe canadienne-française.


Elles sont toutes fascinantes et méritent qu'on s'attarde à leur histoire.


Et puis il y a celle dont j’ai envie de parler aujourd’hui :

la tante de mon chum.

Une Françoise aussi.


Elle m’a récemment confié aimer mon écriture. J’entends encore sa voix, son intonation. Et je la cite :

Je sais que tu aimes la bouffe et les femmes. Que tu es féministe, je veux dire. Ça, on le sait, mais… ne perds pas ton temps avec ces affaires-là d’Internet. Tu dois écrire un livre.

Quand Françoise parle des femmes, elle fait référence à celles sur lesquelles j’écris : mes tantes, mes sœurs ou les cheffes qui m’inspirent. C’est important pour moi de le faire. Et ça me permet de te dire, chère Françoise, que tu es toi aussi l’une de ces femmes qui m’impressionnent.


Françoise a 82 ans aujourd’hui. Elle est forte, lucide, voyage encore et soutient les siens. Il y a huit ans, elle a grandement participé à ma campagne électorale. J’espère qu’à son âge, je serai encore aussi vive d’esprit et généreuse qu’elle. Merci d'être là. Et de m'encourager à écrire.


L'écriture qui me guide


La vie ne manque jamais d’imagination quand il s’agit de nous mettre à l’épreuve.

Elle déraille. Elle surprend. Elle nous enlève parfois le goût, l’élan, la force.


Ce que je découvre, pourtant, c’est que l’humour aide à tenir debout. Que le courage ne fait pas toujours de bruit. Et que l’écriture, elle, me permet d’aller un peu plus loin que ce que je pensais possible.


Écrire, c’est ma façon de traverser.

De transformer les défis en récits.

De rester curieuse, vivante, en mouvement.


Et du mouvement d'écriture, il y en aura cette année.


Alors si ce drôle de Noël m’a appris quelque chose, c’est peut-être ça : continuer à raconter. Oser encore.


Et voir jusqu’où les mots peuvent me mener.


Ce sont les initiales de Maud Rusk. M fait les oreilles d'un renard et R le museau du renard

6 commentaires


Claude Brindamour
il y a 3 jours

Ça me fait penser à Foglia, parfois. Raconter avec vérité, sans dramatiser inutilement, et faire côtoyer le réel, le tangible, le pur avec le léger et le paisible. Un autre beau moment avec toi, Maude.

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Maud
il y a 2 jours
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Ben là, quel commentaire. Wow, c'est énorme comme comparaison. Toujours heureuse de te rencontrer et ce même par les mots. X

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Invité
il y a 4 jours

Tu m’as fait rire avec ta vidéo. Je t’aime fort ma sœur et j’adore te lire. Petit nez a déjà hâte de prendre vie par ta plume.

♥️♥️♥️

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Marie-Josée ❤️
il y a 4 jours

Maud! Que j'aime te lire! J'en veux encore. Tu es inspirante, bravo pour ton audace, ton courage, ta vulnérabilité. Je t'aime xxx Gros câlin xxx 💗

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Maud
il y a 2 jours
En réponse à

Merci. Je suis chanceuse de partager ces instants avec de si gentils lecteurs ;) on a pensé fort à vous lors de la cérémonie hier.

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Josée
il y a 4 jours

Wow! Quel merveilleux texte rempli D’amour et de vérité. Merci Maud 😘🕯️🙏

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