Ma vie en Vert
- Maud Rusk
- 12 déc. 2025
- 7 min de lecture
J'écris depuis mon cocon vert. Baymax dort dans un rayon de lumière — je réalise que la maison, sans m'en rendre compte, est devenue une forêt domestique.
Les couleurs émergent des nuances de sous-bois. Les coussins ont des oiseaux, les toiles ont des jardins. Un de mes espaces intérieur s'intitule La Renarde des Lisières. Mousse, lichen, clairière. Du vert, encore du vert. En dehors comme en dedans.

Hier, sur mon comptoir, des pâtes vertes. De jolis cavatellis aux épinards. Gloire à la chlorophyle et aux antioxydants.
Pourquoi écrire sur le vert ?
Souvent associée à de nouveaux départs, cette couleur prend place naturellement autour de moi. Je ne suis plus autant dans la survie du deuil. Je me sens depuis peu dans une sorte d’émergence de moi. C'est timide, mais ça vient. Le printemps, c'est vert tendre n'est-ce pas.
Je pousse plus loin la patente. Selon la littérature, le «chakra vert est le quatrième chakra, situé au niveau du cœur». Il est associé à l'amour inconditionnel, à la compassion, à l'équilibre émotionnel et à la croissance personnelle. Il régit les émotions telles que l'amour, l'empathie (j'ai d'ailleurs adoré la série), le pardon et la générosité. Toutes des qualités qui me sont chères.
La Maison dans l'arbre

Vous vous en souvenez ? Il y avait, autrefois, un arbre qui n’était pas un arbre. Un tronc brun en plastique, une couronne verte comme une mousse électrisée, une petite maison découpée là-dedans, improbable et parfaite.
Quand j’y jouais, le monde arrêtait. J’entrais dedans. J'entends encore le bruit de la petite roue qui montait les bonhommes — clac, clac, clac. C’était mon premier refuge. Mon premier vert.
Je ne le savais pas encore, mais cet arbre-là me parlait déjà d’un futur que je ne pouvais nommer. Celui de l'écriture d'aujourd'hui, du jardin en permaculture à venir et du partage de mes racines vertes.
D'un arbre à un autre
Bien des années plus tard, un autre arbre s’est présenté. Un arbre de noms, de lieux, de traversées. Un arbre tissé par ma cousine Suzanne, patiente et déterminée. Durant des années, elle a fait des recherches sur nos ancêtres. Si jamais, vous commencez à me suivre, Suzanne, c'est la fille de ma tante Françoise dont je parlais dans mon précédent billet. Ce billet sur la couleur verte m'a permis de me replonger dans son travail rigoureux et plein d'amour pour notre héritage.
C’est grâce à elle si j’ai appris que mon nom, Rusk, vient d’un mot gaélique : riasg —une lande couverte d’herbes. Il y a dans mon nom de famille, un paysage tapis de vert. C'est fou quand même !
Voici deux lignes textuellement tirées de son immense travail de recherche.
Le tout premier document où l’on retrouve le nom Reisk est daté de 1552. Il s’agit de John Reisk, un témoin à la « Crown Court of Glasgow », durant le règne de Mary, Reine d’Écosse qui régna de 1542 à 1567. En Irlande, il est retrouvé dans les neuf comtés de la province de l’Ulster et particulièrement dans le Comté d’Antrim.
Mes ancêtres ont fait l'Écosse, l'Irlande du Nord et puis Québec. C'était avant l'époque de la Grande Famine de 1840. La toujours pationnante émission de Radio-Canada, Aujourd'hui l'Histoire propose un audio sur l'immmigration irlandaise.
Pour ne dire que quelques mots, cinq générations de William Rusk ont tenu la famille debout, pendant que des femmes comme Matilda, Mary Ann et Victoria naviguaient leur temps sans s’excuser d’être fortes. Et au milieu de tout ça, il y a eu deux Maud avant moi. Oui, oui, deux Maud sans e. Mon prénom circulait dans l’arbre bien avant moi. Et ma mère ne le savait même pas.

À chaque année, notre grand-mère Victoria demandait à Suzanne si elle allait porter quelque chose de vert le 17 mars. Grand-maman avait le souhait, semble-t-il qu'elle fasse honneur à nos origines irlandaises. Je n'ai jamais vraiment fêté la Saint-Patrick, mais je crois que ce sera différent cette année.
D'autres Irlandais et Écossais sont venus comme les membres de ma famille et ont refait leur vie à Québec. Certains avec plus de succès que d'autres. Dans ceux-là et de façon admirable, il y a eu la famille Simons, venue d'Écosse. L'histoire des magazins Simons commence avec M. John Simons dans le Vieux-Québec en 1840.
Au delà du fait historique, j'ai pour cette entreprise un respect immense et un attachement profond. En sortant de l'université, j'ai travaillé quelques années au Simons de Place Ste-Foy dans les chandails TWIK. J'y ai appris les valeurs du travail bien fait et les clés d'un service à la clientèle impeccable. Et, je m'y suis fait des ami(e)s incroyables.
Je me souviendrai toujours que Peter Simons venait plier des chandails avec nous après la tornade du boxing day. Quelle élégance.
L’Écosse,
la première fois que j’ai retrouvé le vert
J'ai fait mon premier voyage outre-Atlantique en Écosse. Je pensais que c’était un hasard. Un trip. Une envie. Mais j’ai atterri dans les terres mêmes d’où venaient les premiers Rusk —et sans comprendre pourquoi, les collines m’ont pliée en deux.
Direction Fraserburg, tout en haut de l'Écosse. Il ne peut y avoir plus haut. Après, c'est la mer du Nord.
Mon siège est collé à la baie vitrée au deuxième étage. Ce sont mes premiers grands espaces à moi toute seule.
Devant moi, il y a des valons et des moutons.

C'est le petit matin et je pleure tant la vue du levé du soleil sur la terre est grandiose. Dans mon lecteur CD, Marie-Jo Thério chante L'oiseau de paradis.
« J'entends ton coeur qui bat au bout du monde ». C'était littéralement ça. Le charter qui faisait Paris-Aberdeen-Fraserburg, via le tunnel sous la Manche était mon oiseau de paradis. Quel voyage fondateur !
Ces paysages et ces souvenirs me font écrire quelques années plus tard Prose boboche pour Fée Carabosse.
Écrit il y a près de 25 ans, c'est gauche et un peu maladroit, mais c'est plaisant de fouiller dans ses vieux tiroirs.
Aurore d'Écosse
Fée Carabosse
Dans le vert des collines, profondeur des illusions
Dans la laine des moutons, chaleur éloignée de ton réconfort
Je file avec les étoiles qui éveillent des possibilités
Je ne sais les comprendre dans le bus de mon être atrophié
Ta vasstitude me manque
Les saumons agiles de mes pensées sauront se taire
Si je sais te retrouver
Verte Écosse d'une petite souveraineté
Esthétique du vert
Comme toujours, lorsque je fais état de recherches sur des sujets qui m'étaient encore méconnus jusqu'ici, comme c'est le cas ici pour le vert dans l'histoire de l'art, je tiens à dire qu'il faut prendre mes propos avec légerté. Je ne prétend pas connaître et relater mes nouvelles connaissances avec expertise.

Pour en savoir plus, j'ai demandé en cadeau la version Beau livre de Vert, histoire d'une couleur de l'historien Michel Pastoureau. Il sera magnifique dans ma forêt.
Entre temps, j'apprends que les pigments du vert étaient autrefois difficiles à stabiliser. Sa résistence était parait-il problématique pour les teinturiers. Les colorants vert s'usaient facilement à la lumière. Ils sont donc souvent associés à ce qui est changeant : l'enfance, l'amour, le jeu, le hasard et l'argent, le poison et le démon. Son assimilation à la nature, à la pureté ou au renouveau est plutôt récente. Je me loge vraiment plus de ce côté.
Chez Renaissance, les vêtements et objets sont triés par couleur. Je me suis fait un fun rare à dénicher des textures différentes pour m'amuser. - En toute humilité. - Gsssshhhh. Je n'ai aucun talent pour la pause, mais je me suis bien fait rire.
Le chant des couleurs Benjamin Moore
Le vert n’est plus seulement une couleur.
Il devient parole.

Je porte un amour démesuré pour les peintures de la compagnie Benjamin Moore. À l'ouverture d'un gallon, j'ai toujours envie de me le renverser dessus ou de le boire. C'est même pas une blague. Demandez à mon chum. C'est toujours ma première pensée. Trois pièces sont peintes en vert Benjamin Moore dans ma dernière demeure.
Ça m'a donné l'idée de rendre hommage aux 619 teintes de vert de Ben.
Je ne savais pas trop comment.
J'aurais adoré le slamer.
Mais, je ne suis pas assez game.
J'ai par la suite enregistré une litanie de couleurs, toutes clamées les unes après les autres. Ça dure 11:49 minutes. Je vais vous épargner ce chant tourbeux et vert menthe. Comme d'habitude, c'est toujours l'écriture qui gagne sur l'image ou le son. Ça donne :
HC-188 Essex Green
Un vert profond qui ressemble au silence avant qu’on prenne une décision importante.
Vert armée 2141-30
Le vert qui ne plie pas.
Le vert de mes ancêtres solides, de ces femmes fortes, de celles qui tenaient le Château des Courants d'air même quand tout craquait autour.
Cristallin AF-485
Le vert qui respire dans la cuisine au matin, la lumière tendre sur le jade argenté, un vert qui s'associe à la perfection avec Dentelle Renaissance.
459 Lisière boisée
Le vert des transitions. Le mien. Celui qui pousse entre deux mondes et ne choisit pas encore lequel sera sa maison.
Haute Terre 650
Le vert des Highlands d'Écosse, celui qui m’a coupé le souffle quand j’avais vingt ans, celui qui m’a dit : « tu viens d’ici… mais tu t’en vas plus loin. »
Et avant de refermer ce carnet vert, permettez-moi de vous offrir ce vœu de fin d'année.
Mon beau sapin
J'aurais pu étendre cet exercice de style encore et encore, mais je vous quitte sur des souhaits de joyeuses Fêtes. Repos, inspiration et douceur. Que l'espérance vous accompagne, qu'elle soit verte, jaune ou dorée. Ça fait du bien de croire que tout est possible.
De mon côté, en plus des balades prévues en forêt, des biscuits, meringues, bûches et beignets, je continuerai à écrire. Certains billets sont déjà bien avancés. J'aurai plaisir à vous les partager au début de la nouvelle année.


Signé votre Renarde des Lisières












comme toujours tu sais nous séduire avec tes envolées littéraires remplies du vert de l espérance